C'est précisément dans ces situations que le rôle du fabricant change. Face à un projet présentant des points critiques potentiels, deux approches sont possibles. La première consiste à fabriquer exactement ce qui est indiqué sur le plan, sans poser de questions. La seconde demande une approche totalement différente. Elle consiste à prendre le temps d'analyser le projet, de le confronter à l'expérience acquise en production et, lorsque cela est nécessaire, d'engager un dialogue technique avec le client avant même le lancement de la fabrication. À première vue, cela peut sembler ralentir le projet. Dans la réalité, c'est souvent l'inverse. Une question posée au bon moment permet d'éviter des retouches, des modifications en cours de fabrication, des retards de livraison et des coûts qui n'apparaîtraient qu'une fois la production lancée.
Les entreprises qui fabriquent quotidiennement des composants mécaniques développent une connaissance pratique difficile à acquérir uniquement à travers des calculs ou des modèles théoriques. Elles connaissent le comportement réel des matériaux pendant l'usinage. Elles savent quelles tolérances sont réellement indispensables au fonctionnement du produit et lesquelles compliquent inutilement le processus de fabrication. Elles maîtrisent les possibilités et les limites des différentes technologies de production et sont souvent capables de proposer des solutions permettant d'obtenir le même résultat fonctionnel de manière plus efficace. Cette expérience ne devrait pas intervenir uniquement lorsque le projet est définitivement validé. Elle peut apporter une véritable valeur ajoutée dès les premières phases du développement, lorsque les modifications sont encore simples à mettre en œuvre et que leur impact sur les coûts et les délais reste limité.
L'un des constats les plus fréquents dans les projets industriels est que de nombreuses décisions deviennent très difficiles à modifier une fois la production lancée. Si le matériau choisi n'est pas adapté, la fabrication du composant ne résoudra pas le problème. Si une spécification est incompatible avec le procédé de fabrication, cette difficulté se retrouvera tout au long de la production. Si une tolérance est plus restrictive que nécessaire, elle continuera à générer des coûts supplémentaires sans apporter de bénéfice réel au client. C'est pourquoi la plus grande valeur qu'un fabricant peut apporter intervient souvent avant même la fabrication de la première pièce. À ce stade, son expérience industrielle peut contribuer directement à améliorer le projet.
Ces dernières années, le terme « partenariat » est devenu omniprésent dans l'industrie. Mais qu'est-ce qu'un véritable partenaire industriel ? C'est probablement une entreprise qui va au-delà de la simple exécution d'une commande. Une entreprise qui met à disposition ses compétences techniques, son expérience de fabrication et sa capacité d'analyse afin de contribuer à la réussite globale du projet. Parfois, cela consiste simplement à confirmer que les choix techniques sont pertinents. Parfois, cela signifie identifier un risque potentiel. Et parfois, cela revient à proposer une solution alternative permettant d'obtenir le même résultat avec une meilleure fiabilité, des coûts de fabrication réduits ou un processus de production plus robuste. Dans tous les cas, la valeur créée dépasse largement le composant lui-même. Elle commence par la qualité des échanges techniques qui précèdent le lancement de la fabrication.
La question la plus importante qu'un fabricant puisse poser aujourd'hui n'est peut-être plus :
« Quand pouvons-nous lancer la production ? »